10 mars 2007

Un week-end à Raqqa: Résafé et Qalaat Jaber

 

 

 Ce week-End, nous avions envie de changer d’atmosphère, de laisser la ville d’Alep à ses klaxons, travaux, vendeurs ambulants et autres camions assourdissants pour prendre une bouffée d’air frais sur les rives de l’Euphrate. Chantal, une coopérante DCC kiné dans un centre d’handicapés, dont nous vous avons déjà parlé, est justement en mission à Raqqa, ex-petite ville provinciale et somnolente, qui depuis 5 ans subit un exode rural exponentiel !Raqqa_047

 

 Départ donc samedi midi, avec Bertrand, depuis la gare de bus « Garage Hanano ». Prix du ticket de bus : 90LS, soit 1euro 30, pour faire 180km en un peu plus de 2h. Dans le bus, comme à l’accoutumée, on nous distribue verres d’eau et bonbon, pour faire passer le magnifique film égyptien, sûrement primé au festival du film béotien d’Alexandrie. A Raqqa, nous retrouvons Olivier, Virginie et leur petit Augustin, coopérants DCC à Al Harde, ainsi que Stéphane, « apprenti moine » ;)  DCC à Mar Moussa (chargé des projets agricoles).

 

La colloc’ de Chantal, Majda, nous attendait, avec 2 énormes plats –dont je compléterai le nom lorsque je m’en rappellerai- composés de poulet, riz aux épices, amandes, piments, raisins sec… dont notre appétit gargantuesque à 15h30 n’a pas entamé plus de la moitié. (En Syrie, si l’invité arrive à finir le plat, c’est que l’hôte ne l’estime pas assez, en l’occurrence, on peut penser Majda nous estime énormément !!)

 



A la fin de ce repas - vers 18H – nous partîmes vers l’hôtel ( Lazaward Hotel, 00963 22 21 61 20 pour ceux qui veulent y séjourner, pour 1200 LS les chambres sont propres et silencieuses, et c’est l’un des rares hôtels de Raqqa) , pour prendre possession de nos chambres et y poser nos affaires. Là, nous retrouvions Simon et Thomas, copains d’Alep, enchantés de venir faire une virée à Raqqa entre français. Après une promenade nocturne dans Raqqa et la visite du centre de kinés pour handicapés moteur qui reçoit principalement des IMC, nous retournions à l’hôtel pour y visiter son restaurant, ma foi fort sympathique.

 

Après une bonne nuit reposante sans clocher maronite ni klaxons, ni travaux, nous sommes partis à 9h bien tassées pour visiter la région : Résafé et le lac Assad.

 

Résafé n’est pas une ville morte, comme on en trouve sur le massif calcaire Aleppin. Faite de gypse (roche blanche translucide à l’éclat gras, composée de Sulfate de Calcium, Ca SO4, 2 H20, elle se forme naturellement par évaporation des mers, et on en forme artificiellement en mélangeant de la chaux avec des fumées pour les désulfurer –et oui, on reste ingénieurs de l’école des mines qd même) et d’argile, les vestiges de cette immense ville fortifiée (400 x 500 m) aux portes du désert sont vraiment magnifiques.

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On dit que Résafé pourrait être la Réçeph de la Bible (2 rois, 19 ;11-12 « Tu as appris ce que les rois d’Assyrie ont fait à tous les pays, les vouant à l’anathème, et toi, tu serais délivré ! Les ont-ils délivrés, les dieux des nations que mes pères ont dévastées, Gozân, Harân, Réçeph et les Edénites qui étaient à Tell Basar ? » et Isaïe 37 ;12).

 

Au cours du IIIe siècle après J.C., l’empereur romain Dioclétien fait bâtir une ville fortifiée, pour les caravanes, sur l’ancienne route commerciale qui relie Damas à l’Euphrate (via Dmeir et Palmyre). Après la prise de Doura-Europos par les perses sassanides en 256, Résafé est la nouvelle frontière entre l’ouest romain et l’est sassanide. La ville devient célèbre en 305, après le martyre de Serge, soldat romain convertit au christianisme et exécuté pour avoir refusé de sacrifier à Jupiter. Après la reconnaissance officielle du christianisme par Milan en 313, Serge est vénéré comme un saint et sa tombe attire de nombreux pèlerins. Sa renommée est si grande à la fin du IVe siècle que la ville est rebaptisée Sergiopolis. On construit de nouveaux remparts, ainsi qu’une basilique et d’immenses citernes destinées à approvisionner en eau 6000 hommes pendant un an ! Sous le règne de Justinien (527-565) la cité atteint l’apogée de sa prospérité. L’empereur y fait remplacer les murailles de terre par des murailles de pierre, et lance un vaste programme de construction à l’intérieur de la ville, afin de luter contre la menace Sassanide.

 

En 616, la ville est mise à sac par les Perses sassanides conduits par Khosrö II. Au VIIIe siècle, après la conquête de la Syrie par les musulmans arabes, le calife omeyyade Hisam restaure en grande partie la ville et y fait construire un palais. Mais Abbas, fondateur de la dynastie abbasside en 750, le détruit entièrement. Malgré un ter

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rible séisme vers la fin du VIIIe siècle, la ville n’est pas dépeuplée mais a perdu sa prospérité d’antan. Il semble qu’une petite communauté chrétienne ait coexisté avec les musulmans jusqu’au XIIe siècle, époque à laquelle sa population a considérablement diminué. Après les invasions mongoles, Résafé se vide de ses habitants. Au cours des siècles suivants, les sables du désert reprennent leur place et protégèrent ainsi jusqu’à notre époque ce qui reste de l’antique cité.

 

Après avoir déambulé dans les ruines, être descendu dans les citernes cathédrales et exploré chaque grain de sable, nous rejoignîmes notre chauffeur, pour aller pique-niquer sur les bords du lac Assad, dans le Qalaat Jaber.

 

Les travaux de construction du barrage sur l’Euphrate commencèrent en 1963 et finirent dix ans plus tard. Le barrage est une proRaqqa_080uesse technique : 4500m de long, 500m de large, 41 millions de m3 de sable et de graviers… le lac Assad, créé par ce barrage, mesure environ 80km delong, 8 en moyenne de large et possède un capacité en eau de 11,9 milliards de m3 ! Il a été construit pour répondre aux besoins croissant en électricité de la Syrie, permettre d’irriguer de vastes parties du désert et de les cultiver et de réguler le débit de l’Euphrate pour empêcher les inondations. 8 énormes turbines et déversoirs devaient produire 1,1 MWh à plein rendement, et les eaux d’irrigation devaient transformer 640 000 ha de désert en terres cultivables. Hélas, la construction de barrages turcs sur l’Euphrate en amont de celui-ci a quelque peu diminué le débit de l’Euphrate et donc le rendement de la centrale hydroélectrique, et l’irrigation intensive de parcelles de désert après avoir donné de magnifiques prés d’herbe verte, a provoqué en de nombreux endroits d’importantes remontées de sel qui ont rendu les terres stériles et incultivables pour de nombreux siècles.

 

Le QaalatRaqqa_095 Jaber est un château du moyen-age musulman. Avant la création du lac, le château défendait un important point de traversé de l’Euphrate. Occupé successivement par la tribu locale Beni Noumeir et le sultan seldjoukide Malik Shah en 1087, il est pris par les croisés au début du XIIe siècle et passe sous le contrôle du comte d’Edesse. En 1149, il est repris par Nour-el-Dine qui entreprend d’importants traveaux de reconstruction. Il passe aux mains des Ayyoubides jusqu’aux invasions mongoles du XIIe siècle, puis il est abandonné. Ses murs ont subit une récente restauration anachronique, L’intérieur du château est un amas de ruines, et un grand minaret en briquRaqqa_097es (de style mésopotamien) est l’unique vestige de la mosquée qui occupait ce lieu.

 

Cela ne nous a pas empêcher de trouver un petit point de vue agréable sur le lac, pour déguster, en bons français, un repas composé essentiellement de foie gras (merci StéphanRaqqa_099e), arrosé d’un ptit vin apprécié par le jeune Augustin J , et terminé par l’excellent gâteau de notre amie Chantal. De retour à Raqqa, en visitant la porte de Baghad, seul lieu historique de la ville, nous avons pu comprendre ce que subissait Chantal quotidiennement dans cette ville peu touristique de campagne : des étudiants sont arrivés par dizaine et nous regardaient comme des bêtes curieuses : le touriste blanc est une denrée rare dans cette contrée !

 

Après une petite messe grecque catholique (Deux églises dans la ville, pour 250 000 habitants, nous sommes ici en terre musulmanes) ou les femmes mettaient un voile en dentelle blanc ou noir sur les cheveux pour aller communier, retour en bus E.T. sur Alep, compagnie avec laquelle nous avons droit, pour la somme modique de 90 LS, à des bonbons et à une petite bouteille d’eau minérale.

 

Un grand bravo si vous avez lu tout le message jusqu’ici, nous avons donné des informations culturelles et pratiques pour faciliter la venue en Syrie des globes-troteurs. En effet, la saison touristique débute en ce moment, jusqu’à juin, le temps sera clément et les températures idéales pour visiter le pays.

 

Un long message à taper, avec le bruit des travaux dans les oreilles, (nan, pas encore fini).

 

 

 

A bientôt !

 

 

 

(Source des informations historiques : Guide Footprint Syrie-Liban)

 

 

Posté par cjbmayer à 12:39 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Un week-end à Raqqa: Résafé et Qalaat Jaber

    :o) voir du pays...

    merci! en plus, vous nous donnez l'ocasion de nous cultiver...nous pourrons grace à vous parler bientôt de "la vie les oeuvres" de ce pays comme si nous en revenions tout juste..
    mais rassurez-vous:ça nous donne vraiment le désir d'y venir!!
    bise

    Posté par c nous!, 18 mars 2007 à 17:51 | | Répondre
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